Quand on vous dit que l’équipe « Ocean-Sailors » est constituée de mordus de voile : ce week-end, ne reculant devant aucun « sacrifice », François, un de nos rédacteurs, était équipier sur un pogo 8,50 engagé dans la deuxième édition de l’Ingérop Armen Race, une compétition qui s’inscrit déjà durablement dans le calendrier des épreuves à ne pas rater.
L’Histoire retiendra, bien entendu, que dans des conditions parfois dantesques, la victoire a été remportée par Michel Desjoyaux à bord de Safran. Mais pour la petite histoire, nous ne pouvions laisser une si belle occasion de partager cette expérience avec vous.
Donc, à son arrivée, fourbu mais comblé, nous avons sommé François de nous relater ce week-end en mer épique et hors du commun. Pour tout dire, il ne s’est pas fait prier. Voici son récit :
Un esprit unique
« La deuxième édition de l’Ingérop Armen Race s’est déroulée ce week-end, au départ de la Trinité et à l’assaut d’Armen. Cette course a su doser les ingrédients d’un esprit « Spi Ouest » plus intimiste, et la saveur de faire se côtoyer Pogo 8,50 et IMOCA 60 affûtés comme diable. L’Ingérop Armen Race donne cette occasion exceptionnelle, et c’est sa première justification. Vient ensuite le parcours, qui est à lui seul un poème de la navigation en Sud-Bretagne : La Teignouse, Belle-île, les Birvideaux, Groix, les Glénans, Penmarc’h, la Baie d’Audierne, Armen et plus au sud : Houat, Hoedic, les Grands Cardinaux, le plateau du Four, la Chaussée des Bœufs, Yeu. Nous avons eu la joie de participer à cette course. Voici quelques ressentis pour vous donner envie d’y participer l’année prochaine.
C’est à la fin d’un BMS que s’est élancée la course, comme si le vent nous donnait un répit le temps de s’échauffer et de s’élancer. Nous avons franchi la ligne tranquillement à la fin de la procédure, lancée à 14h15 pour les IRC3, IRC4, Pogo 8,50 et Mini 6,50. De suite, nous avons senti que cette course serait différente.
Alors que nous visons la latérale tribord du chenal de la Teignouse, les autres, les « Grands », attendent leur tour en tirant des bords comme pour calmer des fauves répondant aux doux noms de Safran, Savéol, Akéna Véranda, Actual ou encore Foncia et Maître Jacques. Allez les gars, faut pas mollir, tous à la contre-gîte !
Franchissement de la Teignouse avec les Grands
Une heure et demi après notre départ, nous nous engageons dans le chenal de la Teignouse en nous préparant à lancer le spi une fois dégagé. C’est alors que nous avons rencontrés nos « dieux »… Ou plutôt qu’ils nous ont élégamment dépassés. Que dire de ces bêtes de carbone à la fois immenses, très hautes sur l’eau, racées, et réagissant à la moindre risée, au moindre changement de voile ? Elles sont à la fois bruyantes et tellement silencieuses comparée à leur puissance. C’est certainement un des moments les plus « légers » de notre course, un moment entre parenthèses où tous les concurrents s’émerveillent.
Les fondamentaux
Dans l’Armen Race, c’est avant tout de fondamentaux qu’il s’agit, en tout cas pour cette édition : garder la concentration pour sans cesse garder le meilleur réglage, réciter ses gammes : le phare des Birvideaux, la côte sauvage de Groix, finalement d’assez loin, la cardinale Sud des Glénans, le phare de Penmarc’h dans la nuit noire où le fanal, le sémaphore et l’ancien phare sont des traits noirs dans une ambiance lumineuse orangée encadrée par la dentelle effrayante des rochers déchiquetés qui défendent la pointe. La poésie a sa place, surtout avant de plonger dans la pénombre de la Baie d’Audierne.
La descente infernale
C’est aussi là que tout change. D’une tranquille course-croisière, le programme vire en même temps que le vent tourne et forcit. Plus de 35 nœuds de vent, une mer hachée qui vous donne l’impression d’être à bord d’une poêle qu’on ne cesse de frapper bruyamment… Je sais c’est une drôle d’image, mais avec la fatigue on s’imagine des choses farfelues, surtout en baie d’Audierne.
Les lumières de Belle-Île
Puis vient la libération : après le contournement retour de Penmarc’h, nous nous présentons travers aux vagues, c’est plus « confort » et, ça donne l’occasion de s’amuser un peu avec le jour qui se lève. Le ciel se déchire, le vent ne mollit pas, la mer devient bleue foncée, irisée et légèrement déferlante, juste ce qu’il faut pour chahuter de temps en temps nos frêles esquifs. La côte sauvage de Belle-Île est décidément impressionnante et vertigineuse, nous l’arrondissons largement et prudemment.
L’Île d’Yeu au soleil
Après le passage devant Palais pour saluer le bateau comité sous les puissantes risées à 30 nœuds, nous lançons le spi pour faire une pointe à plus de 14 nœuds, pas mal pour un Pogo. Puis, c’est l’arrondi des Îles d’Houat et d’Hoëdic alors que Safran arrive en tête à la Trinité. Au programme, pour nous la descente vers Yeu. Dans un vent soutenu, nous la contournerons avant que le soleil ne se couche. Les vêtements ont commencé à sécher et le moral est remonté au fur et à mesure que l’hygrométrie baissait. En même temps que la nuit tombait, le vent mollissait, augurant d’une nuit délicate à négocier par le travers sous un vent devenu instable.
Les molles de la baie de Quiberon
En parant les différentes cardinales et en doublant de nouveau Hoëdic, nous nous sommes engagés dans la Baie de Quiberon qui est devenue le théâtre d’un ultime sprint. Les nerfs des concurrents ont résisté aux bulles sans vent qui en voyaient certains scotchés alors que d’autres décollaient doucement sur une mer plate. Une heure de « pétole molle » a presque eu raison des plus vaillants, avant que finalement tout rentre dans l’ordre jusqu’à la ligne d’arrivée, dans le chenal de la Trinité.
En conclusion, la course fut assez éprouvante physiquement. Le froid, le vent, la pluie et la mer, tous les ingrédients étaient là pour que vos amis vous regardent d’un air suspicieux, semblant demander silencieusement « et tu aimes ça ? ». Une pensée s’impose à l’égard des équipages réduits, pour lesquels la lutte a dû être particulièrement éprouvante. Reste, au final, un parfum de course assez complet, où chacun a trouvé son compte.
L’Ingérop Armen Race est une course à part qu’il faut absolument noter dans ses tablettes et dont l’esprit, mêlant amateurs éclairés et professionnels aguerris est à conserver et à encourager. Vivement l’année prochaine !



