Prolongation de nos navigations, l’annexe nous ouvre des horizons plus sauvages, comme des criques aux eaux turquoises, sans pontons ni lampadaires aux lueurs oranges. Elle nous permet de rallier la terre  là où l’homme n’a pas tout aménagé ; nous ne le percevons peut-être pas toujours ainsi, mais l’annexe est bel et bien un gage d’aventure… Ceci dit, C’est aussi une embarcation à part entière, qu’il faut choisir en fonction de son programme de navigation et bien sûr de son budget. C’est aussi, et il faut le garder à l’esprit, un frêle esquif qu’il convient de manœuvrer prudemment et d’entretenir convenablement. Focus.

 

Mon annexe n’est pas une barque.

En fait, le nom d’annexe n’est pas innocent : il n’est pas issu d’une tradition maritime, de la forme caractéristique d’un navire ou d’un gréement particulier ; c’est simplement la traduction réglementaire d’une « embarcation à des fins de servitude à partir d’un navire porteur ». Présenté comme ça, on se verrait presque capitaine au long cours, disposant d’un navire et de toute sa panoplie « d’annexes » comme des chaloupes, ou des sous-marins d’exploration… Presque. Mais là on voit déjà bien plus loin que les dispositions de la « division 240 », qui règlemente la navigation des navires de plaisance.

 

Elle peut naviguer à 300 mètres autour de moi

Cette définition n’est pas sans conséquences. Aucun matériel de sécurité ou d’armement n’est exigé pour ce frêle esquif, pas même une pagaie. En revanche, son rayon d’action est clairement limité à 300 mètres d’un abri, étant entendu que votre navire en est un. Il faut cependant souligner que les transferts en annexe peuvent être périlleux. Un abri mal exposé dans lequel s’engouffre le vent ou du clapot, un chargement au delà du raisonnable en passagers ou en équipement, et la virée peut tourner au désastre ou au drame. C’est pourquoi il est nécessaire, au minimum, de porter son gilet de sauvetage à bord. Trop d’accidents ont lieu pendant ces cours trajets, et pour le coup, il est vraiment facile de porter son gilet pour si peu de temps.

 

Un petit navire

Si la ligne règlementaire est simplissime, bien que non dénuée de conséquences, il n’en reste pas moins que nous sommes en présence d’un petit navire. Il a donc un coût qui peut aller du simple au quintuple, de 380 € à 2800 €.

 

Les grandes différences résident dans la taille, le type de coque et la qualité des tubes. En matière de coque, la grande variable réside entre les planchers lattés, gonflables plus ou moins complexes, comme par exemple en nid d’abeille, ou carrément semi-rigide avec une coque en alu… Ces modèles sont clairement réservés à ceux d’entre nous qui disposent de bossoirs pour leur annexe, et qui se passeront donc – à regret ? – de la séance de gonflage ou pire, de pliage avant rangement…

 

Pour ce qui concerne les tubes, ou les boudins, c’est selon. Ils sont de deux types, en PVC ou en Hypalon. Le PVC est associé à une base polyester. Son coût est raisonnable, mais sa durée de vie est altérée par sa sensibilité aux UV. Pire : au fil des ans, le PVC à tendance à coller quand on s’assoit dessus. Et en cas de déchirure, il s’agit d’une matière compliquée à réparer, car le collage se fait « à chaud ». L’Hypalon s’appuie également sur une base de tissu en polyester, mais sa résistance aux UV est totale. Par ailleurs, il est très résistant et en cas de réparation, la colle néoprène est appliquée directement, à froid, sans mise en œuvre particulière. Son prix varie notamment en fonction de la densité du tissu en polyester.

 

Lors de l’achat d’une annexe il est toujours intéressant de lire les notifications techniques, notamment en matière de chargement. Vous remarquerez alors que la capacité d’emport est finalement assez limitée pour des annexes normales. Les esquifs de 2,20m à 2,40m ne sont ainsi prévus que pour une charge maximale de 300 kg, l’équivalent de 2 personnes et quelques sacs. N’oubliez jamais cela quand vous avez une liaison un peu longue jusqu’à votre voilier. Si vous êtes dans les bonnes proportions, alors votre trajet se fera dans de bonnes conditions et assez rapidement.

Nous arrivons ici à l’autre spécificité : la puissance du moteur. En effet, qui a goûté sur son annexe aux joies du moteur aura le plus grand mal à revenir en arrière. Cependant cet équipement alourdit sérieusement le budget, au point de rendre la propulsion plus coûteuse que l’embarcation… Ainsi il faut compter pour un 2,5 CV neuf 750 € et pour un 4 CV déjà presque 1000 €, de quoi préférer un stage « cohésion avec un autre pagayeur » le temps d’une courte traversée… Enfin, n’oublions pas le développement des moteurs électriques, qui ne sont plus seulement l’apanage des barques du marais poitevin.

 

La durée de vie

Comme les voiles ou les amarres en matière synthétique, les annexes sont sensibles aux éléments et surtout au soleil. Un rangement systématique dans un coffre les protègera de fait des rayonnements. Le rinçage immédiat et le séchage avant pliage sont aussi un réflexe à acquérir rapidement. Ainsi dans le cadre d’une utilisation saisonnière, vous pouvez espérer garder votre annexe plus de dix ans, ce qui relativisera son coût.

 

L’annexe fait partie de la vie du bord, presque comme un fidèle compagnon. Que de fous rires se produisent à bord, que d’angoisses ont saisi les passagers en voyant le frêle esquif s’enfoncer dans l’eau, au delà du raisonnable et enfin combien d’entre nous se sont sentis soudain horriblement seul à pagayer, ramer voire même à godiller, en espérant trouver le meilleur compromis équilibre-propulsion-cap. Alors… Paré à embarquer pour l’aventure ?

 

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