De nos jours, il est de plus en plus « facile » de prendre la mer sans presque aucune formation nautique. Le GPS s’est tellement généralisé, y compris dans nos voitures, qu’il donne l’impression d’ouvrir la voie à de paisibles navigations. Les centrales de navigation, les ordinateurs embarqués, tout semble laisser accroire que naviguer est à la portée de tous. Et pourtant, combien d’accidents arrivent à cause de notre aveuglement, de notre renoncement à faire des calculs, pourtant élémentaires, ou seulement de notre ignorance vis-à-vis du milieu naturel dans lequel nous évoluons ! Nous devons tous nous rappeler quelques éléments-clés pour parer les difficultés qui peuvent survenir et éviter les accidents.
Récemment, un plaisancier me racontait une mésaventure. Arrivé de nuit à l’approche d’un abri, il s’était engagé dans le chenal en se calant sur son GPS. Peu de temps après s’être engagé, il talonnait et se retrouvait échoué sur un banc de sable. Au-delà de la chance de tomber sur du sable et de bénéficier d’une météo clémente, plusieurs réflexions sont venues nous aider à éclairer cet incident. Au passage, c’est la SNSM qui l’a tiré de cette fâcheuse situation à force de navigations périlleuses entre les hauts fonds.
Toutes les cartes sont fausses
Nous en avons déjà parlé sur ocean-sailors, les cartes ne sont qu’un lointain reflet de ce qui se passe sous notre quille ou en surface. Certains relevés datent du début du siècle quand d’autres ne remontent pas carrément au XVIIIe siècle. Seuls les chenaux des ports de commerces sont régulièrement sondés. Il est donc inutile de se caler sur un GPS qui lui-même se cale sur une carte fausse. La position absolue sera peut-être la bonne – et encore… - mais la cartographie de cette position sera certainement fausse. Le GPS nous induit donc en erreur deux fois : une fois en s’appuyant sur une fausse carte et une seconde en nous trompant sur sa fiabilité.
Valider sa navigation sur le papier
Voilà qui nous amène à envisager l’hypothèse que préparer sa navigation « à l’ancienne », dans le carré devrait être obligatoire. En premier lieu, la carte bien étalée donne une idée du plan d’eau. C’est une étape essentielle dans l’appréhension d’une navigation. C’est d’autant plus sensible que par comparaison, sur l’écran d’ordinateur, plus l’échelle est petite… et forcément moins on y voit… Tirer les grandes lignes du parcours permet de repérer les points « chauds », les repères immanquables. L’œil avisé du navigateur doit repérer les zones où l’attention de l’équipage devra être à son maximum.
En cas de navigation de nuit, les phares et les bouées lumineuses doivent être scrupuleusement reportés sur un cahier dans l’ordre d’apparition, au fil de l’avancée du navire.
Du papier au terrain en s’appuyant sur le GPS et non l’inverse
Revenons ici à notre plaisancier échoué. Après une nuit fatigante à naviguer en solitaire, il ne rêvait que d’une seule chose, un bon chocolat chaud. Fort de son GPS, il s’est engagé dans le chenal jusqu’à l’accident. Plusieurs indices auraient cependant dû lui mettre la puce à l’oreille. Pour appuyer sa navigation il ne pouvait compter sur aucun alignement, il n’y en avait pas, et les bouées latérales du chenal n’étaient pas lumineuses, même pas réfléchissantes. Sans GPS, ou en poussant un peu sans chronométrage précis, sur un cap précis en connaissant sa vitesse-fond pour progresser d’une bouée parfaitement localisée à une autre, impossible de rentrer. Le GPS lui a fait faire l’impensable, jusqu’à l’accident ! Alors qu’une simple lecture de la carte papier lui aurait naturellement imposé d’attendre qu’il fasse jour pour embouquer.
Cet article en forme de coup de gueule, s’adresse à tous, expérimentés comme novices. Combien de fois avons-nous confié notre navigation à un GPS en contrôlant à peine les informations transmises… Il faut absolument garder une place à la navigation traditionnelle, qui est un auxiliaire précieux du « sens marin ». Naviguer ne suffit pas, il faut comprendre comment on navigue.
Soyez certains qu’ ocean-sailors y restera toujours attaché.


